Comité social territorial central du 11 juin 2026
Déclaration d’ouverture de la CFTC
Madame la Présidente, Madame la Secrétaire Générale, Mesdames, Messieurs,
L’an passé à même époque, la CFTC évoquait le sujet des retraites. Un « conclave » réunissait alors les organisations syndicales et patronales. Derrière ce nom, peu républicain, se cachaient d’âpres négociations sur ce qui, il y a deux ans nous mobilisait lors d’un mouvement social sans précédent. En choisissant de participer à ces négociations, la CFTC contestait la proposition patronale sur le maintien de l’âge légal à 64 ans et celle du Conseil d’orientation des retraites sur un éventuel recul à 66,5 ans.
Ce sujet risque fort de rebondir car le Conseil d’Orientation des Retraites (COR) publie aujourd’hui son rapport annuel dans lequel il envisage une aggravation du déficit d’ici 2045. Bien que lointain, cet horizon va percuter l’hiver démographique que la France commence à vivre et dont notre Ville vit aussi les conséquences : baisse du nombre d’élèves, fermetures de classes, augmentation de la prise en charge de la dépendance. Face à cette question du vieillissement, un sursaut sera nécessaire. Pour la CFTC, défendre la vie est un impératif : qu’il s’agisse de l’accueil de l’enfant, de sa protection, de l’entrée des jeunes dans la vie professionnelle et jusqu’à l’accompagnement des plus faibles et des personnes en fin de vie, tout doit concourir à un monde plus juste où le caractère sacré de la personne humaine doit être toujours respecté.
Sur la question qui va revenir du financement des retraites, il existe pour la CFTC d’autres leviers qu’un recul de l’âge légal et nous continuerons à chercher à obtenir par la voie de la négociation des avancées notamment sur les métiers à pénibilité, l’usure professionnelle et la prise en considération des disparités subies par les femmes par leurs maternités lors de leur carrière professionnelle. Cette volonté de négocier, de proposer et s’il le faut de savoir s’opposer, reste essentielle dans les combats que mène la CFTC.
Aujourd’hui, au-delà de l’actualité internationale dramatique par ses conflits et l’instabilité entretenue par plusieurs puissances, la société française est traversée par de multiples inquiétudes dont celles sur l’accompagnement de nos jeunes, sur le service public de santé ou celui de la justice, sur le vivre ensemble. Les agents parisiens sont rejoints par ces sujets dans leurs métiers qu’il s’agisse de l’animation, de l’accompagnement social, de la sécurité et plus fondamentalement de la citoyenneté.
C’est à nos élus d’assumer pleinement leurs responsabilités de décideurs pour participer par le débat à trouver des réponses concrètes à ces inquiétudes. Parallèlement à ces enjeux de société, le quotidien de la vie s’impose à chacun d’entre nous à travers la question du pouvoir d’achat et celle de l’accomplissement professionnel.
Les différents chocs pétroliers ou conflictuels ont fortement écorné nos rémunérations et le pouvoir d’achat des agents publics s’effrite. La CFTC attend de l’exécutif parisien qu’il poursuivre ses efforts en termes de rémunération mais aussi de logement pour ses plus jeunes agents.
Comme chaque année, vous nous demandez en cette période juin de rendre un avis sur le Rapport Social Unique (RSU). Comme en 2024, plusieurs informations de ce rapport restent préoccupantes. Depuis 2018, la CFTC souligne le vieillissement des agents de la Ville : en moyenne 47 ans et 6 mois pour les agents fonctionnaires à fin décembre 2025 soit 1 an et 10 mois de plus qu’à la fin 2015 (45 ans et 8 mois). Près de 16 992 agents (15 400 en 2024) (fonctionnaires + contractuels) ont 55 ans ou plus soit près de 32 %2 des agents de la collectivité (29 % en 2024).
La pyramide des âges reste inversée. Ce vieillissement touche presque toutes les directions et la plupart des corps. Il reste préoccupant pour la santé, la sécurité et les conditions de travail des agents car des tâches souvent plus nombreuses pèsent sur des agents plus âgés et particulièrement dans les corps techniques mais pas uniquement.
Le nombre d’accidents professionnels (travail et trajet) après avoir diminué entre 2023 et 2024 (baisse de 8 %) subit une forte hausse : + 9,4 % entre 2025 et 2024. Cependant la baisse du nombre total de jours d’absences ouvrés se poursuit (- 0,9 % en 2025 après – 4 % en 2024). La question du suivi médical des agents reste une préoccupation majeure malgré les efforts fournis en termes de recrutement.
Même si l’attractivité de la Ville progresse, le sujet des recrutements doit rester une priorité et l’intelligence artificielle devra rester au service des agents et non devenir une variable d’efficience pour ajuster des effectifs.
Autre sujet majeur présenté aujourd’hui : celui du contrat collectif de prévoyance qui deviendra obligatoire pour tous les agents à compter du 1er janvier 2027.
La CFTC souhaite que la participation de la Ville aille au-delà des 50 % prévus par la loi. Nous souhaitons a minima une progressivité en fonction des rémunérations. Nous redisons par ailleurs que nous attendons la réouverture du sujet de la mutuelle santé qui ne satisfait pas la majorité des agents. Beaucoup d’agents sont pénalisés par le nouveau système.
La CFTC vous remercie de votre attention.
Ce CST sera notamment l’occasion de revenir sur la question de la formation à la Ville, abordée par le Rapport social unique (RSU 2025)
Le problème du CPF (compte personnel de formation)
Un dispositif indigent pour les agents de la Ville de Paris :
1. Les droits à la formation, plafonnés à 150 heures ou 1500 euros pour la plupart des agents ne reflète pas le besoin. Comparé aux 5000 euros dont peuvent bénéficier les salariés (jusqu’à 8000 pour certains profils), on est loin de l’alignement que suggère la réforme de la fonction publique.
2. Le RSU traduit d’ailleurs le caractère secondaire du CPF par un bilan ténu qui se résume à 5 lignes (soit, 10 lignes sur une colonne, page 322) mentionnant : 101 agents ayant bénéficié du CPF en 2025 (contre environ la moitié en 2023). A l’échelle de l’effectif de la Ville, 101 agents c’est peu.
De plus, aucun détail sur la nature, le cout réel et la complétude de ces formations. Cette opacité est déplorable. L’expérience que nous rapporte des agents est que nombre de projets de reconversion ne peuvent pas être portés par le CPF :
– Arbitrage négatif des demandes,
– et moyen insuffisant au regard du cout réel des formations.
La réponse « magique » au coût est pour nombre d’organisme de formation le e-leaning qui pollue aujourd’hui le CPF avec des formations qui ne répondent pas au besoin : Imaginez envisager une reconversion comme plombier, cuisinier ou électricien, vous êtes mis au défi de le réaliser grâce au CPF !
Pis : aujourd’hui, des agents doivent mobiliser leur CPF pour un bilan de compétence ! La Ville de Paris doit faciliter cette étape de la carrière plutôt qu’amputer ainsi les moyens de reconversion des agents ?
Il nous semble nécessaire :
1. Un audit de la réalité du CPF à la Ville : nombre de demandes et taux de refus et d’acceptation ; ainsi que le détail des formation obtenues dans le respect de la confidentialité individuelle ;
2. Que la Ville réévalue à la hausse les moyens offerts aux agents afin de permettre à ce dispositif d’honorer son objectif intrinsèque ;
3. De mettre en œuvre un politique incitative, s’appuyant sur l’accompagnement et une validation plus large des demandes.
Le problème du cloisonnement des formations
Concernant encore la formation, les agents souffrent du cloisonnement systémique des formations. Les formations d’une direction ou d’une filière étant très difficilement accessibles pour la plupart des agents d’une autre direction ou filière.
Comment voulons-nous motiver la mobilité si l’accès aux formations de la direction ou du métier dans lequel on se projette nous est interdit ?
La CFTC a pu exprimer auprès de l’Adjointe au maire de Paris chargée des ressources humaines et du dialogue social, ces difficultés qui pèsent sur l’attractivité de la Ville auprès des plus jeunes qui ne voient plus en la Ville un levier de formations, et auprès des plus anciens qui ne trouvent pas dans ces dispositifs de leviers à leur mobilité ou reconversion.
